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Logo MWCOMMUNIQUÉ DE PRESSE
Coup de force en Vanoise
République exemplaire, disait le Président...



 
Le 3 septembre 2015, à Grenoble



Guy Chaumereuil, président du Parc national de la Vanoise, ainsi que le directeur du Parc national et un chef de secteur ont été séquestrés par des éleveurs ce mardi 1er septembre durant toute la nuit et la matinée qui a suivi.
La raison invoquée par les éleveurs : le ras-le-bol du loup, la réclamation d'en tuer 5 et la volonté de pouvoir les abattre au cœur même du Parc national.


Que croyez-vous qu'il advienne ?  Que le préfet intime l'ordre de relâcher les trois personnes avant toute discussion ?  Qu'il tienne sur le fond en arguant des conditions de dérogation nécessaires pour l'abattage de cette espèce protégée ?  Que non...  il a laissé la séquestration se poursuivre et a décidé à son issue l'autorisation d'abattage de 6 loups, sans justification pour activer cette dérogation alors que les conditions dérogatoires pour la destruction de loups sont parfaitement cadrées.  Cela tout en annonçant que la ministre jugerait prochainement « de l'opportunité d'abattre des loups dans la zone centrale du Parc » !
On peut imaginer les agents des Parcs, les salariés des services déconcentrés de l'Etat, apprécier la manière dont ils sont soutenus, protégés dans l'exercice de leurs fonctions parfois délicates. Mais on doit surtout se questionner sur l'absence de courage politique, de sens de l'Etat de « décideurs » qui cèdent devant une voie de fait inacceptable.


Le Parc de la Vanoise pris en otage

Mountain Wilderness condamne fermement ces agissements, et est forcé de noter que sur le loup comme sur d'autres sujets, certains syndicats agricoles sont dans le coup de force permanent. Dans le cas présent, ils ont pris le Parc en otage sur des décisions qui ne relèvent pas de lui, le déstabilisant en pleine discussion sur le projet de Charte : cela n'est pas fortuit.
Car force est de constater que l'autorisation du tir de défense en cœur du Parc national des Cévennes accordée par l'Etat n'est que la première étape d'un lâchage plus général de l’État sur cette question, sur laquelle avait été tenue jusqu'ici une ligne solide. Force est de constater également que quelles que soient les mesures prises, elles ne sont jamais jugées suffisantes par certains tant qu'elles ne visent pas l'éradication de l'espèce.


Une coexistence est possible entre les grands prédateurs et l’Homme

Mountain Wilderness considère que le retour naturel des loups issus des populations italiennes dans tout l'arc alpin participe à la restauration de la biodiversité montagnarde. Sans nier pour autant les difficultés que cela crée tout particulièrement pour le pastoralisme et la richesse qu’il représente, Mountain Wilderness pense qu’une coexistence est possible entre les grands prédateurs et l’Homme.
Les espaces protégés ont été les premiers et les plus engagés pour répondre à ce défi.
Un soutien matériel et logistique a été mis en œuvre avec de l'argent public dans nombre de Parcs nationaux et de réserves naturelles : filets, cabanes de surveillance, financement d'aide-bergers, rotations hélicoptère pour porter le matériel. Des propositions récentes ont été faites par les directeurs des Parcs où le loup est présent.

Comme les autres acteurs de la protection de l'environnement, le Parc national de la Vanoise est fortement conscient de la difficulté des éleveurs face à la prédation.
Le Parc, par la politique mise en place par la direction et avec l’appui de son Conseil d’administration (dont des élus et un représentant agricole) soutient les éleveurs face à la prédation du loup. Si avant ce coup de force il n’a pas été question de tir de destruction du loup en zone cœur du Parc, c'est peut-être aussi que le territoire du cœur du Parc, largement au-dessus de 2000m d’altitude, n’est pas l’habitat du loup. Il passe dans ces zones mais n’y reste pas. Son habitat sont les vallées et les forêts autour du cœur.


Le Parc de la Vanoise est un allié pour la filière ovine

Le Parc de la Vanoise, comme nombre d'autres espaces protégés, est un allié pour la filière ovine. Pas un ennemi.
La valorisation des alpages, les circuits courts de consommation, la recherche de labellisation de la viande de montagne font partie des objectifs de la charte et sont là pour renforcer la filière économiquement. C'est d'ailleurs le cas de toutes les chartes des Parcs montagnards, qui précisent que l’un des enjeux majeurs est de maintenir le pastoralisme pour des raisons économiques et patrimoniale.


Mountain Wilderness demande aux pouvoirs publics et à tous les partenaires concernés de chercher ensemble à mettre en œuvre dans une cohérence transfrontalière les solutions permettant que les grands prédateurs aient leur place aux côtés des activités humaines en milieu montagnard, préservant ainsi une part de la wilderness. Les Parcs ont pour mission de préserver l'espace naturel et la biodiversité ; ils se sont aussi donné pour mission de préserver les équilibres entre espèces animales et activités humaines. La réflexion autour des chartes, la concertation au sein des espaces de débat du Parc, en premier lieu desquels le conseil d’administration, sont les outils de confrontations des idées et doivent permettent de gérer ces problèmes en tenant compte des différents enjeux posés. L'Etat doit respecter la ligne conductrice claire définie par la convention de Berne et la loi régissant les Parcs nationaux, et se donner les moyens de la mettre en application.
Mais les solutions devront être construites ensemble, en tenant compte des différents enjeux sur le long terme : elles ne pourront pas l'être en réponse à la force physique et à l'intimidation.



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CONTACTS PRESSE

Jean-David ABEL, administrateur MW - Référent "Espaces protégés" - abel.vincent@wanadoo.fr - 06 77 04 23 30