L'association > Présentation
Présentation
Wilderness : les origines d'une notion Imprimer Envoyer
par Sylvain Jouty, membre de Mountain Wilderness et alors rédacteur en chef d'AlpiRando

Il m'a semblé intéressant de se pencher sur le passé du mot wilderness, car on sait - ou on ne sait pas - que l'histoire d'un mot gouverne, souterrainement, ses usages actuels. Et ceux-ci sont au centre de la réflexion et de l'action de Mountain Wilderness...

Wilderness : le mot est aujourd'hui connu, presque en passe d'être adopte par le vocabulaire français puisqu'on n'y trouve pas, décidément, d'équivalent acceptable (après tout, on a bien accepté bifteck, western, week-end !). En fait, le meilleur équivalent serait encore le mot désert, s'il n'avait pris un tout autre sens que celui qu'il avait encore à l'époque classique (Littré : "pays sauvage et désert"), où il désignait aussi bien la montagne que la forêt, et rarement le "désert" actuel. Or ce désert classique était toujours affreux et, si l'homme l'affrontait, c'était pour s'éprouver face à Dieu. Autant dire qu'il n'était pas question de l'admirer.

Je n'ai pas de dictionnaire étymologique sous la main pour connaître précisément l'origine du mot dans la langue anglaise et ses usages avant le XVIIe siècle. Ce que je sais, c'est qu'il fait son entrée littéraire dans le Paradis perdu et le Paradis reconquis de John Milton (1608-1674), dans sa description du jardin d'Eden. Dans le Paradis perdu, le jardin d'Eden est situé sur "the champaign head / Of a steep wilderness" le sommet aplati d'une solitude escarpée, trad. Chateaubriand. Et dans le Paradis reconquis, on voit dès les premiers vers "Eden rais'd in the wast wilderness" le jardin d'Eden dressé dans la stérile étendue, trad. Jacques Blondel. Pour le grand poète aveugle, la wilderness est donc le pays sauvage et désert qui s'oppose au Jardin d'Eden, en contrebas de celui-ci.

Or c'est précisément dans Milton qu'il faut chercher une des sources du goût des paysages naturels alors inexistant. Un mot employé au XVIIIe siècle pour désigner ceux-ci est prospect : il est d'abord employé par Milton à propos du panorama ouvert à Adam depuis "la muraille verdoyante du paradis" sur les contrées environnantes ; ce premier paysage est donc celui de la wilderness, fait remarquable, puisqu'à l'époque de Milton, personne ne pensait à regarder celle-ci, et l'aurait-on fait qu'on l'aurait qualifiée d'affreuse.

Il se trouve en outre que la description miltonienne du Jardin d'Eden lui-même est le modèle des jardins anglais qui apparaissent un siècle plus tard. Ceux-ci habitueront le goût aux paysages naturels et contribueront fortement à la naissance du "sentiment de la nature". Horace Walpole insiste sur l'aspect prophétique de l'Eden miltonien, véritable source d'inspiration de la nature admirée plus tard dans les jardins anglais : "l'auteur de cette vision sublime n'avait jamais vu l'ombre de rien de semblable à ce qu'il imaginait". A son tour, le poète français Jacques Delille, imitateur de Milton, voit dans l'Eden le modèle des jardins irréguliers tracés par Dieu lui-même.

Grâce à cette évolution, à la fin du XVIIIe siècle, les amateurs commencent à admirer la beauté des montagnes. Et c'est justement vers 1800 qu'un autre poète, Samuel Taylor Coleridge (1772-1834), renverse le sens de wilderness : il se représente au contraire de Milton le Paradis terrestre lui-même comme "some wilderness plot, green and fountainous and unviolated by man" quelque lieu sauvage, vert, arrosé et inviolé par l'homme : c'est ainsi que la wilderness est devenue Jardin de délices, paradis perdu et à reconquérir. Ce que Mountain Wilderness tente de faire !

Un siècle encore après Coleridge, John Muir (1838-1914) pouvait intituler un de ses livres Gentle Wilderness et inaugurer le mouvement protectionniste de la nature sauvage, dont Mountain Wilderness est le digne rejeton.
 
Hommage à Samivel Imprimer Envoyer
François Labande

Paru dans le bulletin n° 12 de Mountain Wilderness (février 1992)


"Il existe un monde d'espace, d'eau libre, de bêtes naïves où brille encore la jeunesse du monde et il dépend de nous, et de nous seuls, qu'il survive..." Cette phrase n'a jamais été écrite. Elle a été prononcée par Samivel au cours de ses projections du film Cimes et Merveilles, et il nous l'a léguée comme devise de présentation de Mountain Wilderness.

Samivel est mort à Grenoble le 18 février 1992, d'un arrêt cardiaque. Comment exprimer notre émotion ? Qui mieux que lui a su défendre une certaine idée de la montagne, qui est la nôtre ? Durant toute une vie d'une exceptionnelle richesse, il a mis ses multiples talents au service d'une passion dévorante pour ces espaces naturels remplis de lumières et d'émotions. Dessinateur, peintre, photographe, cinéaste, philosophe, romancier, historien, conférencier, que sais-je encore, Samivel a été et restera un maître, un modèle, un exemple. J'ai sous les yeux La Dame du Puits, ce recueil de "soixante fables modernes pour lecteurs définitivement adultes" qu'il m'avait dédicacé le 4 décembre dernier à Genève en parlant de "vérités plus ou moins bonnes à dire". Samivel n'avait jamais renoncé à dire sa vérité. La nôtre.

Au cours de la seconde guerre mondiale, il avait publié un dessin représentant un char qui évitait, par un subtil détour, une fleur isolée dans le désert. Transposé dans le cadre des J.O. d'Albertville, on imagine l'ancolie de la face de Bellevarde et les bulldozers façonnant la descente olympique. La nature peut-elle encore résister aux assauts de l'homme, drogué par sa puissance destructrice ? Le message peut-il encore être entendu ?

En 1967, il publie Le Fou d'Edenberg, roman-fleuve qui lui valut d'être nominé pour le prix Goncourt. Dans l'histoire de la transformation de Saint-Béat et de la folle résistance de Siméon Icart, se retrouve en raccourci toute la mutation récente des montagnes françaises, dans une critique impitoyable de la colonisation des espaces naturels. Sachant éviter le piège de la polémique primaire, il a pu décrire avec justesse et finesse les contradictions du développement du monde alpin, et réhabiliter la poésie, la douceur de la montagne authentique. Ce chef-d'œuvre devrait figurer dans la bibliothèque de tout citoyen attaché à la sauvegarde du patrimoine montagnard.

Sous l'œil des choucas fut sans doute son recueil de dessins le plus lu par les alpinistes. Chacun se souvient de "leur première, comment ils la font, comment ils la racontent". Samivel n'avait guère parlé de ses premières : qui se souvient qu'en 1931 il avait été le premier à remonter les pentes magnifiques de l'Aiguille de la Lex Blanche, au-dessus du glacier de Tré la Tête ? Discret sur ses réalisations, il était un critique acerbe de l'autre extrême, de la médiatisation outrancière et paranoïaque. La petite fleur, là encore, peut-elle être évitée par cet autre mouvement dévastateur ?

En 1990, il avait été sollicité, une fois de plus, pour participer à je ne sais quel congrès sur le thème de "Chamonix et son environnement". Scandalisé par la récupération de la mode verte, il n'avait pas eu de mots assez durs pour dénoncer la bonne conscience de ceux qui, après avoir transformé la montagne en piste de cirque, s'efforçaient d'en utiliser les restes esthétiques à des fins promotionnelles. Je l'avais longuement écouté m'expliquer combien il attachait d'importance à ne pas apporter sa caution à ce genre de manifestation. Encore le char et la petite fleur ?

Lorsque Mountain Wilderness organisa le 22 octobre 1988 son congrès inaugural à Evian, Samivel nous fit l'honneur de présider aux travaux. Il reste associé à cette journée inoubliable, qu'il devait marquer de sa personnalité. Mais il ne se contenta pas d'inaugurer. "Papivel", comme nous l'appelions familièrement, devait garder le contact avec nous jusqu'au bout. Souvenons-nous de ce bel éditorial du bulletin de juin 1991, dans lequel il déclarait Mountain Wilderness "d'utilité publique". Nous nous étions mis d'accord pour qu'il participe à notre projet d'agenda en rédigeant la préface, pour qu'il parraine l'une de nos opérations de contrat avec une commune de montagne. Rien ne nous permettait de penser que ces projets communs pouvaient être remis en cause. Samivel nous apparaissait immortel.

Paul Gayet-Tancrède avait emprunté le pseudonyme de Samivel à Dickens, et plus précisément à Sam Weller, le héros des Aventures de Mr Pickwick. Petit à petit, il a dû se glisser dans la peau des personnages qu'il avait lui-même façonnés. La dernière image qu'il nous laisse ne serait-elle pas celle du Fou d'Edenberg : "la Lance et le Fou, toujours cramponné à sa monture, navigateur partant vers la lune, se détachaient du sol, s'envolaient à des hauteurs bouleversantes..."

image

sommaire wilderness - sommaire Congrès Evian
 
D'utilité publique Imprimer Envoyer
Samivel

Ce texte constitue l'éditorial du bulletin n° 9 de Mountain Wilderness (juin 1991).



Au siècle d'une prétendue "information", nous errons tous, plus ou moins, dans une jungle de malentendus ! J'en donnerai un exemple frappant, pour ne pas dire déprimant.

Comme l'adjectif "sauvage" avait surgi au cours d'une conversation où je m'efforçais d'en préciser et justifier la portée quand il s'appliquait à la montagne, entité naturelle, je fus brusquement interrompu par mon interlocuteur qui s'écria : "Nous ne sommes pas des sauvages !". Sic. Il est évident que sans qu'il en sache plus long - et d'ailleurs sans s'en donner la peine - (il n'y a de pires sourds...) le terme se trouvait innocemment appliqué ici non à "la Montagne", mais à telle population montagnarde, et devenait du coup une espèce d'insulte contre laquelle l'excellent homme se hérissait ! L'énormité du quiproquo me laissa, je l'avoue, pantois. C'est dire à quel point certaines initiatives originales sont mal entendues, mal digérées ; et la pluie de difficultés, voire d'hostilités qui s'ensuivent.

Pourtant les buts poursuivis par "Mountain Wilderness" sont clairs, "transparents" (pour user d'une expression récemment tombée dans le domaine public et assez souvent utilisée, comme il va sans dire, à propos de faits ou de gens qui ont tout intérêt à demeurer "opaques"...), donc transparents. Comme la glace, comme le cristal.

Il s'agit non pas de réduire à l'état sauvage, selon Lévy-Strauss, des autochtones qui bien au contraire ont donné fort souvent l'exemple d'une adaptation véritablement astucieuse et humaine à un milieu naturel exceptionnellement rude, mais de protéger en Europe et ailleurs le domaine de l'altitude contre des agressions dont le seul but est de le transformer en nouvelle machine à sous. L'invasion se concrétisant en diverses architectures, ferrailles et autres "aménagements" aussi catastrophiques sur le plan de l'esthétique que sur celui de l'écologie. De telles conséquences sautent aux yeux, mais il serait naïf de supposer qu'elles se trouveront admises par les responsables, pour la raison simple que l'unique critère dont il est en l'occurrence tenu compte est celui du Fric. Avec un grand F.

Il n'est pas inutile de pousser plus loin l'analyse car les dégâts outrepassent de beaucoup les simples effets matériels. En fait, c'est pénétrer ici dans le vif du sujet. On en parle plutôt rarement, et il est peu exploitable sur le plan médiatique attendu qu'il exige un minimum de réflexion personnelle et sincère.

Pourquoi ce Monde de l'Altitude nous est-il précieux ? Fondamentalement précieux ? Parce qu'en ses apparences il est universellement associé à des valeurs clefs de la pensée, consciente et inconsciente ; comme en témoigne entre autres un flot de métaphores, d'expressions symboliques toujours et partout orientées dans le même sens. Les notions-images d'ascension, d'altitude, d'intacte pureté, autant de signes d'une Transcendance autrement inexprimable, sont indispensables à la bonne santé mentale de l'Espèce. En détruisant le support matériel de telles valeurs vivifiantes et dynamisantes, on travaille à augmenter l'état d'angoisse dans lequel s'enfonce visiblement la pseudo-civilisation contemporaine, laquelle paye aujourd'hui fort cher son évacuation du sacré.

Et c'est pourquoi la campagne entreprise par "Mountain Wilderness" - même si ses motivations profondes ne sont pas toujours clairement perçues - apparaît comme socialement bénéfique.

image

hommage à Samivel
 
Réflexion sur "Mountain Wilderness" Imprimer Envoyer
par André Aubry-Lecomte, Préfet honoraire, membre de Mountain Wilderness

Réponse au questionnaire sur Mountain Wilderness de Véronique Fonseca, étudiante en géographie de l'université de Grenoble.



Mademoiselle, ou Madame,

Le questionnaire que vous m'adressez à propos de "Mountain Wilderness" me remplit d'une certaine perplexité.

Face à une entité mal traduisible, définir à la fois une conception, une attitude et une pratique implique une acceptation partagée du sens qu'on veut lui donner. De plus, la réponse qu'on peut apporter n'est pas tout à fait la même, selon qu'on s'attache à la "wilderness", comme votre questionnaire parait l'indiquer, ou à la notion plus complexe de "Mountain Wilderness" à laquelle la raison sociale de l'Association est confrontée. Je ne m'étends pas sur ce point de départ pour me complaire dans une analyse sémantique mais parce que le sens qu'on donne aux mots a des implications sur ce qu'on veut en faire.

"Wilderness" tout seul, comme dans votre questionnaire, est assez facile à exprimer. Partant de "wild", sauvage, désolé, tumultueux, déchaîné (plus une colonne entière de sens divers dans un bon dictionnaire anglais), vous avez "wildness" qui s'applique de préférence aux humains et aux animaux et "wilderness" qui exprime l'état d'un lieu. La steppe, la toundra, le désert, la lande aride correspondent à la notion de wilderness ... mais pas la montagne en général.

Alors comment traduire la notion de "Mountain Wilderness" ? Cela est d'autant plus malaisé que là où l'anglo-saxon exprime une idée par deux noms juxtaposé, leur formulation en français n'a pas de réplique binomiale.
Elle peut en faire un participe, et ça peut être montagne préservée, sauvegardée, épargnée, ...etc.
Elle peut se faire par un adjectif et vous avez le choix : montagne authentique, farouche, magnifique, plus belle, indomptable, ...etc.
Elle peut se faire enfin par une périphrase, et vous avez montagne à vivre, à sauver, à aimer, à préserver ...etc.
Aucune de ces formulations n'est en soit satisfaisante, mais la recherche est ouverte...

A travers, toutefois, une relecture de nombreux bulletins de l'Association au fil des années, je remarque qu'il y a deux expressions qui reviennent le plus fréquemment sous des plumes diverses : "montagne à vivre" et "la sauvegarde de la montagne", et qu'elles paraissent se compléter dans la notion de "Mountain Wilderness".

Pour ceux qui se sentent plus près de la "wilderness" dans la juxtaposition de ces deux mots, c'est la notion de sauvagerie, d'authenticité qui domine, le souci de préserver ce qu'il y a de moins "attaqué" dans la montagne, et en premier lieu les hautes pentes et les sommets : c'est la "sauvegarde de la montagne". Mais au nom de la wilderness, c'est aussi d'autres lieux, jusqu'ici préservés, que la montagne. C'est aussi la wilderness dont nous nous sentons comptables.

Si l'on se sent plus près de "Mountain", l'on sera plus porté à considérer que la montagne est un tout, que les plus hauts espaces n'y sont pas indépendants des vallées, qu'il ne faut pas seulement la préserver des hommes, et qu'il faut en même les y accueillir : c'est la "montagne à vivre".

Bien sur, cela ne veut pas dire que dans une conception simpliste chacun des points de vue exclurait l'autre, en un combat singulier entre les Ayatollahs et les imams tranquilles de la montagne. toutefois, selon qu'on penche plus vers "Mountain" ou vers "Wilderness" le conflit peut exister entre ce qu'il convient de faire dans un sens ou de préserver dans un autre. Comme tout organisme vivant l'Association doit gérer ses contradictions. Mais au delà de celles-ci il parait souhaitable que les deux approches se confrontent et se confortent réciproquement et traduisent ainsi au mieux les préoccupations que ses membres peuvent partager.

En fait, et en conclusion, "Mountain Wilderness" me parait une expression parfaite mais intraduisible sinon par une approximation dans laquelle à la fois les soucis de promotion et de préservation sont sous des formes diverses présents ; plus qu'un "panel", "Mountain Wilderness" est un état d'esprit, un état d'âme, je pourrais presque dire : un mot d'amour.
 
White Wilderness Imprimer Envoyer
par Reinhold Messner, garant international de Mountain Wilderness

Ce texte constitue la préface du livre "Free K2 ; la prima avventura in soccorso delle grandi montagne della terra" (Carsa Edizioni, 1991) ; il a également paru sous ce titre dans les annales 1990 du GHM.


Le mot anglais "wilderness" est difficilement traduisible dans une autre langue. Nous, les Européens, avons focalisé tous nos efforts pour conquérir cet espace en envahissant l'Himalaya, le Pôle Nord, l'Inlandsis groenlandais, le Changtang..., soucieux de trouver de nouveaux exutoires à notre vanité, de nouvelles richesses comme le pétrole, l'or, l'uranium et peut-être plus encore. Dans les contrées sauvages, loin de la civilisation, l'homme perçoit la réalité au travers d'une expérience subjective, contrairement à ce que lui apporte la science, où les connaissances nouvelles découlent toujours des anciennes.
Le concept de "white wilderness" est porteur d'une autre signification : il se prête à transformer les mentalités et redonner toute leur valeur aux notions de paix, d'infini, de solitude en rupture avec l'activisme et la soif de puissance des explorateurs de ce siècle.

La Nature, avec ses lois propres, si nous ne la dévastons pas et si nous ne la réduisons pas en pièces en terme de conquête, doit devenir pour nous le symbole archétype de la Création. Durant des milliers d'année, des lieux uniques sont demeurés sacrés, inviolés des hommes. C'est là que vivaient les dieux, à la limite du néant et de l'univers absolu ; c'est là que se trouvait cachée et accessible aux seuls initiés "la Connaissance".

Au début de ce siècle, l'homme s'est fait un devoir d'explorer les dernières parcelles de terres restées vierges. Celles-ci devaient être reconnues et les cartes mises à jour. Grâce aux multiples et infinies possibilités de la technologie, l'homme est aujourd'hui partout et les lieux sacrés sont désormais aux mains des profanateurs ; Ils sont menacés de disparition, l'Esprit qui les habitait a été chassé, et ce que j'appellerais "l'Université des naïfs" a été détruite.

Aussi aujourd'hui, l'alpinisme, cette activité qu'il est convenu d'appeler "la conquête de l'inutile", ne peut garder ce sens que si elle renonce précisément à la notion de "conquête" pour s'attacher à la défense de la "wilderness" dans lequel se trouve la clef de nous même et de l'univers. De ce point de vue, vouloir explorer encore et encore n'est pas compatible avec le combat pour la vraie vie et nous éloigne de la révélation.

Nous avons besoin de garder des parcelles de terres inexplorées : elles sont avec les quatre éléments - l'air, l'eau, la terre et le feu - les racines auxquelles l'humanité puise la vie.

J'attribue aux contrées sauvages le pouvoir de donner à l'homme le véritable repos et d'être pour lui l'occasion de s'identifier lui-même en tant que créature. Elles nous révèlent une image du monde authentique, et permettent à notre subconscient de prendre la mesure du rêve et de la paix.

La "white wilderness", ce sont des taches blanches sur les cartes géographiques : les montagnes sans téléphériques, sans sentiers balisés, sans routes, les déserts, la forêt vierge...

Ces lieux doivent demeurés sacrés pour toujours, car il s'y trouve encore une possibilité de révélation, de connaissance intuitive du monde, de perception de notre fini et de notre infini, de notre pacifisme et de notre barbarie. Tout deviendra possible si nous abordons ces enclaves de "white wilderness" en tant qu'homme et non comme des machines, si nous les respectons en tant que sites originels et les préservons pour les générations futures.
 
<< Début < Précédent 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivant > Fin >>

Page 10 sur 14

© Mountain Wilderness, association de protection de la montagne déclarée d'utilité publique.
A propos du site webPlan du site
valide xhtml Valide png admin