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Attaques politiques contre l'OFB : une menace pour la préservation de nos écosystèmes de montagne

L’Office français de la biodiversité est aujourd’hui la cible d’attaques politiques qui remettent en question son rôle fondamental de préservation de la biodiversité, non seulement en garantissant le respect du droit environnemental, mais aussi à travers ses missions de sensibilisation, de conseil aux exploitants et d’accompagnement des acteurs locaux. Mountain Wilderness appelle à la reconnaissance du rôle de cette institution dans la protection de nos écosystèmes de montagne.

4 min de lecture
Espaces protégés

Écrit par le comité de rédaction

Publié le 26 févr. 2025

La région Auvergne-Rhône-Alpes franchit un nouveau palier dans son offensive contre la biodiversité

Les agriculteurs de la Région Auvergne-Rhône-Alpes ont reçu début février un courrier signé du Président de la Région AuRA et de son “Conseiller spécial” Laurent Wauquiez. A quelques semaines de l’ouverture du Salon International de l’Agriculture, les deux élus déroulent un discours - mensonger1 et empreint de démagogie - à charge contre l’OFB, allant jusqu’à souhaiter sa dissolution, le qualifiant au passage de “coalition d’idéologues”.

Cette ruade s’inscrit dans un contexte national de dénigrement de cet établissement public placé sous la tutelle des Ministères de l’Environnement et de l’Agriculture : saccage des locaux par les agriculteurs de la Coordination Rurale, intimidation des agents, discours calomnieux de la part de François Bayrou et de l’aile droite de la politique française (Eric Ciotti en tête, talonné par Laurent Wauquiez).
Un tel discours n’est plus surprenant de la part du Conseiller spécial de la Région AuRA, ardent défenseur du détricotage de la puissance publique en matière d’environnement qui déjà en 2022 assimilait les animateurs Natura 2000 à des militants de la cause environnementale. Il est en revanche étonnant de la part de Fabrice Pannekoucke, également Président de la commission permanente du Comité de massif des Alpes qui vient de relancer son Groupe de travail dédié à la biodiversité, sujet fondamental dans le schéma interrégional du massif des Alpes.

Face à ces récentes violentes critiques exprimées à l'égard de l'Office Français de la Biodiversité (OFB) notamment par le Président et l’ancien président de la Région AURA dans la perspective du Salon de l’Agriculture (et des élections à venir ?), il est nécessaire de rappeler l'importance fondamentale de cette institution dans la préservation des écosystèmes de nos montagnes et du monde rural en général.

Remettre en cause l’OFB, c’est remettre en cause le droit environnemental

Il est impossible de qualifier de "faute" et "d'humiliation"2 le fait qu’un agent de l’OFB, c’est-à-dire un policier de l'environnement assermenté, commissionné et armé comme le sont tous les policiers, se rende avec son arme dans une exploitation agricole. Ou alors, cela voudrait dire qu’il y a différentes sortes de polices, et que les textes de loi relatifs à la protection de l’environnement ne méritent pas vraiment d’être appliqués de la même manière que les autres lois.

Cette hypothèse serait d’autant plus insupportable que le contexte actuel nous impose d’accorder la plus grande vigilance à la préservation des écosystèmes, a fortiori en montagne où ces derniers subissent en plus d’autres pressions anthropiques un réchauffement plus important.

Rappelons que c’est suite aux visites et aux enquêtes des agents de l’OFB que les stations de La Clusaz, du Grand Bornand et de Courchevel ont été sommées de régulariser leur situation alors même qu’elles dépassaient allègrement les volumes des prélèvements autorisés pour la production de neige artificielle.

L'été 2023, c'est également une agente assermentée de l'OFB qui a attesté la présence de l'Androsace du Dauphiné sur le rognon rocheux du glacier de la Girose3

Un rôle de police et d’accompagnement des professionnels

L'OFB joue ainsi un rôle central dans le respect du droit environnemental et la protection de la biodiversité, essentielle à l'équilibre écologique et à la durabilité des activités agricoles et pastorales. Comme le rappelle Olivier Thibault (Directeur général de l’OFB) dans sa lettre ouverte aux agriculteurs, “le droit de l’environnement nous protège en luttant contre les causes du dérèglement climatique et de l’effondrement de la biodiversité. Et la police de l’environnement nous protège, en cherchant à préserver un environnement sain pour les générations futures”.

Qui plus est, la Police de l’environnement n’est que l’une des cinq missions qui occupent quotidiennement ses agents. Les missions de l'OFB ne se limitent pas à des contrôles, mais englobent aussi un accompagnement des acteurs locaux, des actions de sensibilisation, et un soutien technique aux exploitants. A titre d’exemple, l’ensemble des parcs nationaux de France sont rattachés à l’OFB. L’établissement public joue donc un rôle essentiel non seulement pour la préservation de ces joyaux, mais également dans leur valorisation et le rayonnement de la France sur le plan touristique.

En montagne, où les équilibres écologiques sont fragiles, son action est d'autant plus essentielle pour préserver la qualité des sols, la gestion de l'eau et la biodiversité qui fait la richesse de nos territoires. Il ne s'agit pas d'opposer les acteurs du monde agricole aux agents de l'OFB, mais bien de travailler ensemble à une cohabitation entre le maintien des activités humaines et le respect des milieux naturels. Plutôt que de créer des oppositions stériles, il est primordial de favoriser un dialogue constructif entre l'ensemble des parties prenantes pour faire face aux crises environnementale et agricole contemporaines.

Le droit de l’environnement nous protège en luttant contre les causes du dérèglement climatique et de l’effondrement de la biodiversité. Et la police de l’environnement nous protège, en cherchant à préserver un environnement sain pour les générations futures.

Olivier Thibault, directeur général de l’OFB

Conservons l’OFB, pilier de l'écosystème montagne

Nous appelons donc à une reconnaissance du travail de l'OFB, ainsi qu'à un engagement collectif pour une gestion durable et concertée de nos espaces naturels. La préservation de la biodiversité et la pérennité des activités agricoles ne sont pas incompatibles, mais doivent au contraire avancer de concert pour le bénéfice de tous. C’est d’ailleurs tout l’objet de la Loi Montagne qui vise à préserver dans un même mouvement les terres agricoles et les espaces naturels tout en garantissant les conditions d’habitabilité de nos massifs. Nous nous astreignons au quotidien à la recherche de ces équilibres au sein d'un grand nombre d’institutions de la montagne : Comités de massifs, commissions départementales de la nature des paysages et des sites, CoPil Natura 2000, etc. L’OFB, en tant que gestionnaire direct de nombre d’espaces protégés, en tant que porteur d'expertise auprès de tous les acteurs du territoire, mais aussi en tant que police de l’environnement, est le garant indispensable de la bonne application de ces textes.

Ce qui compte vraiment, dans la sauvegarde des condors et de leurs congénères, ce n’est pas tant que nous ayons besoin des condors, c’est que nous avons besoin de développer les qualités humaines qui sont nécessaires pour les sauver. Car ce sont celles-là mêmes dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes.

Conway Mc Millan, célèbre ornithologue américain de la fin du 19ème siècle

  1. Les agents de l’OFB n’ont réalisé que 140 contrôles administratifs d’exploitations agricoles dans la région AuRA en 2024, un chiffre en baisse par rapport à 2023, (Le Monde, 24/02).
  2. Termes utilisés par le Premier ministre François Bayrou le 14 janvier 2025 dans sa déclaration de politique générale.
  3. La présence de cinq spécimens avaient ainsi pu être officialisée, suite à leur découverte par un directeur de recherche du CNRS et un maître de conférences de l'université Savoie Mont Blanc.

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